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« Lux in tenebris »: à quand la prochaine claque ?

« Lux in tenebris »: à quand la prochaine claque ?

Festival Images de Vevey: merci Vincent Jendly !

J’avais 16 ans lorsque j’ai pris la dernière claque de ma mère. Ne me demandez pas pourquoi; ma sœur s’en souvient encore. Et là, 40 ans plus tard, j’ai tendu l’autre joue. Et j’en redemande…

C’est un peu par hasard que je me suis engouffré jeudi passé dans « La Droguerie », une de ces nombreuses cavernes d’Ali Baba que constituent les lieux d’exposition du Festival Images de Vevey. Il faut dire que je venais de quitter les pépites de « street photography » de Jeff Mermelstein et les envoûtantes « Dark Waters » de Kristine Potter, qui n’est autre que la lauréate du Grand Prix Images Vevey 2019/2020.

Donc en arrivant devant « La Droguerie », je fus quelque peu rassuré par le nom de l’occupant des lieux, fribourgeois, comme moi. Jendly. Vincent Jendly. Les limites étriquées de ma culture photographique étaient atteintes: Vincent Jendly, connais pas… (pardon M. Jendly !)

J’enfile mon masque et franchis le pas de porte, mes écouteurs à réduction de bruit enfichés dans mes esgourdes pour profiter de l’audioguide. À l’intérieur, il faut quelques secondes à mes yeux pour s’habituer à la pénombre. J’aurais dû m’en douter, « Lux in tenebris »…

Festival Images Vevey: Exposition Vincent Jendly

Photo Laurent Crottet

En m’insinuant dans l’univers de Vincent Jendly, je suis submergé. Par les vagues. J’en ai presque le mal de mer. En même temps, l’audioguide m’apprend que le photographe a frôlé la mort par noyade dans son enfance. A la lumière de cette information, sa revanche sur l’élément prend tout son sens. Une revanche bienveillante, tant il sublime par ses images la puissance de la mer et l’humilité dont doit faire preuve le cargo qui l’a embarqué pour rester à flot.

J’y suis. Je suis à bord, avec Vincent. Les falots du navire rendent l’obscurité ambiante éblouissante. Je fais trois fois le tour de la salle, ne pouvant me résoudre à débarquer. L’audioguide est terminé. C’est alors que je perçois les claquements des maillons de la chaîne d’acier qui remonte une ancre. La réalité virtuelle, à côté, c’est du « pipi de chat », comme on dit chez nous.

Je quitte la salle à contrecœur; il y a encore tant de choses à découvrir. Mais alors que je pensais avoir tout vu du merveilleux travail de Vincent Jendly, je passe du cœur sombre du cargo à une pièce inondée de lumière, dans laquelle les eaux apparaissent soudain blanches, étourdissantes.  La glace de cette image d’une machinerie emprisonnée me donne des frissons. Quel voyage !

Ma claque, je ne sais pas si je l’ai méritée mais je l’ai eue. Merci Vincent !

 

Festival Images Vevey: Exposition Vincent Jendly

Photo Vincent Jendly

PHOTO Vincent Jendly

A propos de l'auteur

Laurent Crottet

Né en 1966, photographe depuis 1990.

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